Mise en contexte
La tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) est un insecte indigène que l’on trouve dans les peuplements de conifères de l’Amérique du Nord. Bien que considérée comme nuisible, la TBE joue un rôle nécessaire et important au sein de l’écologie des forêts du Québec. Ses cycles naturels durent généralement de 15 à 20 ans et reviennent à intervalles de 30 à 35 ans. Bien que la présence de la TBE puisse être visuellement marquante, la mortalité des arbres est généralement associée à plusieurs années consécutives de défoliation, ce qui souligne l’importance de la surveillance de l’évolution de la situation plutôt que d’interventions hâtives. Le cycle actuel, amorcé en 2006, touche maintenant la majorité des régions du Québec.
Quelles sont les conséquences d’une épidémie de TBE ?
Vulnérabilité des forêts
- La TBE attaque principalement la pousse annuelle de plusieurs conifères. En ordre de priorité :
– Sapin baumier
– Épinette blanche et Norvège
– Épinette noire et rouge
– Mélèze laricin - Si les nouvelles pousses sont défoliées chaque année, une mortalité apparaît après 3 à 5 ans de défoliation sévère (>70 % du feuillage de l’année).
- Les peuplements forestiers matures de forte densité en espèces vulnérables et situés en sols pauvres, secs ou humides, sont les plus sensibles. Les mortalités importantes concernent surtout le sapin baumier.
Impacts environnementaux
- Accumulation de bois mort → risque accru d’incendie
- Chablis (arbres renversés) limitant la régénération naturelle
- Rajeunissement massif, perte de vieilles forêts et diminution d’habitats fauniques associés
- Augmentation du CO₂ lié à la décomposition
- Moins d’évapotranspiration et captage de l’eau, risque d’érosion et de lessivage accru des sols
Impacts sociaux-économiques
- Accumulation de bois mort → risque accru d’incendie → sécurité des populations
- Chablis (arbres renversés) limitant la circulation en forêt
- Impacts paysagers importants dans les secteurs résineux
- Risques de sécurité en milieux récréotouristiques
- Inondation du marché du bois → baisse des prix
- Pertes économiques et retards sur la possibilité de récolte
Comment intervenir ?
Peut-on aménager ?
Les travaux d’éclaircie ou de dégagement augmentent temporairement la vulnérabilité des arbres. En période épidémique, ces stress favorisent la TBE en accélérant son développement et en concentrant les œufs sur un nombre plus restreint d’arbres. Il faut donc être prudent et bien déterminer à quel moment du cycle nous nous situons avant d’intervenir.
Les coupes de prévention permettent de répartir la perturbation dans le temps, d’éviter une mortalité massive et simultanée, de faciliter la récupération du bois, de prévenir l’inondation du marché, de réduire les pertes et de favoriser un reboisement plus résilient et proactif.
Moment opportun des interventions sylvicoles
| Période par rapport à l’épidémie | Coupe partielle | Coupe intensive | Éclaircie jeune forêt |
|---|---|---|---|
| 15–20 ans avant | Très favorable | Si recommandé | Très favorable |
| 10 ans avant | Favorable : amélioration de la composition forestière. | Si recommandé | Favorable |
| < 5 ans avant | • À éviter ou très faible prélèvement en peuplement de sapins ou d’épinettes sur mauvaise station. • Viser les peuplements à moins de 40% d’espèces vulnérables. Favoriser les espèces résilientes. |
Récolte préventive prioritaire des sapinières matures. Les pessières blanches sont davantage résiliente. | À éviter |
| En période épidémique | Fortement déconseillé en peuplement de sapins ou d’épinettes sur mauvaise station. | Coupe de récupération (mortalité > 30%, risque élevé de chablis, etc.) | À éviter |
| 10 ans après | De nouveau sécuritaire | Si recommandé | De nouveau sécuritaire |
Mieux la reconnaître !
Vous observez des envolées de papillons en soirée vers la mi-juillet ?
Signalez votre observation afin de contribuer aux efforts de détection du MRNF.
Programme d’arrosage
pour les petites forêts privées (< 800 ha)
Un programme d’arrosage d’insecticide biologique (Btk) visant à protéger les investissements de l’État en forêt privée a été mis sur pied par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) pour les producteurs forestiers reconnus afin de protéger certains peuplements forestiers. L’arrosage est réalisé par la Société de protection des forêts contre les insectes et maladies (SOPFIM).
Note : La possibilité d’inscription au programme actuel a pris fin en automne 2025. Le renouvellement du programme est actuellement en cours d’étude.
Les boisés privés peuvent bénéficier du programme de protection aux conditions suivantes :
- Peuplements de plus de 4 ha contigus appartenant à un ou plusieurs propriétaires. Parcelle d’une largeur minimale de 80 m.
- Peuplements aménagés dans le cadre de programmes gouvernementaux
- Peuplements composés d’au minimum 38% des espèces les plus vulnérables :
- Sapin baumier
- Épinette blanche
- Épinette de Norvège
- Peuplements âgés de 21 à 60 ans
- Peuplements ayant subi au moins un an de défoliation
- Propriétaires inscrits au Registre des producteurs forestiers, avec un PAF valide
Comment participer ?
Pour bénéficier de ce programme, veuillez communiquer avec votre conseiller forestier. Celui-ci pourra effectuer les démarches nécessaires auprès de la SOPFIM afin d’intégrer votre propriété au processus et évaluer la nécessité d’un traitement d’arrosage. Le traitement peut s’échelonner sur plusieurs années selon l’évaluation effectuée. À noter que les superficies doivent être identifiées avant le 1er juillet de l’année précédant les arrosages.