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Maladies, insectes et espèces exotiques

L’agrile du frêne maintenant présent en forêt privée

Définition et historique

L’agrile du frêne est un coléoptère originaire d’Asie qui fait des ravages depuis bientôt 20 ans en Amérique du Nord. L’espèce a été découverte pour la première fois en 2002 au Canada et aux États-Unis. Son arrivée sur le continent s’est rapidement transformée en véritable épidémie, particulièrement dans les centres urbains du sud de la province, notamment le grand Montréal. L’insecte adulte, d’une couleur vert métallique, ne dépasse pas 14 mm de longueur, et pourtant ses dégâts sont énormes : l’abondance de frênes dans nos milieux urbains et dans les boisés de la plaine du Saint-Laurent, combinée à une absence de prédateur et de résistance naturelle à l’insecte ont créé une tempête parfaite qui menace sérieusement la survie de tous les frênes.

Insecte adulte (Source : Ressources naturelles Canada)

Comme son nom l’indique, l’agrile du frêne ne s’en prend qu’aux espèces de frênes (genre Fraxinus). Nous avons trois frênes indigènes au Québec : le frêne d’Amérique (ou frêne blanc), le frêne de Pennsylvanie (ou frêne rouge) et le frêne noir. Comme le frêne a longtemps été très prisé dans les villes à cause de ses qualités recherchées en milieu urbain (tolérance au sol compacté, port très droit et rectiligne, élagage naturel prononcé), les ravages de l’épidémie d’agrile sont particulièrement importants dans les centres urbains. Cependant, depuis quelques années, on observe désormais de plus en plus de dégâts d’agrile dans les boisés. Comme l’insecte adulte est pourvu d’ailes, les populations d’agrile peuvent se déplacer sur de grandes distances et on détecte désormais un peu partout dans le corridor du Saint-Laurent, jusqu’à Québec, de même qu’en Estrie, en Outaouais et dans Lanaudière.

Sommairement, le principal dommage causé aux arbres par l’agrile vient des galeries que les larves de l’agrile créent en se nourrissant du bois sous l’écorce. Ce phénomène détruit les structures sous l’écorce qui sont responsables du transport de la sève dans l’arbre. On assiste alors à un rapide dépérissement de la cime, suivi de la mort tout aussi rapide de l’arbre.

Comment la détecter

Il peut s’écouler deux ou trois ans entre le début d’une infestation d’agrile du frêne et l’apparition des premiers symptômes. Les premiers symptômes à apparaître sont généralement dans le haut de l’arbre : le dépérissement de la cime des frênes indique que l’agrile est présent dans le boisé et qu’il faut agir très rapidement, soit pour le traitement ou pour l’abattage. Les autres symptômes bien connus d’une infestation sont les galeries larvaires en forme de « S » sous l’écorce, les trous de sortie d’insecte adulte en forme de « D » et la forte production de gourmands (petites branches adventives à la base et le long du tronc) et de samares (fruit du frêne).

Dépérissement
Galeries larvaires en forme de « S » sous l’écorce
Forte production de gourmands

Impacts

Les dégâts de l’agrile sont rapides et importants. Des populations entières de frênes ont disparu du sud du Québec dans les dernières années, et la rapidité à laquelle l’insecte peut se propager est frappante. En réalité, dans les boisés de la plaine du Saint-Laurent, la situation n’est plus à la détection du frêne, mais à l’action concrète. Aussi tragique que cela puisse paraître, il vaut mieux assumer que 99% des frênes vont être appelés à disparaître des boisés où il est présent et tout de suite penser à les remplacer. Seuls les frênes isolés, dans des régions plus éloignées des grands centres et aux latitudes où ils sont peu présents, semblent avoir plus de chance de s’en sortir. Toutefois, ces frênes ne sont jamais totalement à l’abri : il suffit qu’un individu transporte du bois infesté d’agrile dans une nouvelle région pour que l’insecte s’y répande très rapidement.

Contrôle : l’importance d’intervenir rapidement

Il existe des traitements pour prévenir et ralentir l’infestation d’agrile du frêne. Le traitement le plus répandu consiste à injecter un larvicide dans l’arbre qui se mélangera à sa sève et le protégera pendant deux ans. Cette option peut s’avérer très coûteuse pour les propriétaires de plusieurs frênes et n’est réellement applicable qu’à l’échelle de l’arbre en milieu urbain.

Pour les frênes en milieu boisé, les deux seules options sont soit laisser les frênes mourir, soit procéder à leur abattage. On appelle cet abattage une coupe de récupération, puisque l’objectif est de récupérer le bois de frêne infesté avant qu’il soit inutilisable. Plus la coupe de récupération est faite rapidement, plus le bois récolté aura une valeur économique intéressante, car le bois de frêne sain peut être transformé en planches, qui ont une plus grande valeur que le bois de pâte et papiers ou le bois de chauffage. Il demeure que peu importe le type de produit, le frêne est une essence commerciale intéressante qui vaut la peine d’être récoltée et vendue, tant qu’il est encore temps. Il est important que le bois récolté soit transporté et transformé à l’intérieur de la zone d’infestation de l’insecte : ceci évite d’introduire l’agrile dans une région peu ou pas touchée par l’épidémie.

Suite à l’abattage, il est possible d’avoir recours à la régénération artificielle. Lorsque le frêne n’est présent qu’en petite proportion, généralement les autres essences feuillues peuvent être aptes à prendre la place du frêne dans le couvert : érables, chênes, bouleaux, caryers, tilleul, etc. Dans le cas de peuplements dominés par le frêne, la récupération des frênes peut avoir des airs de coupe totale : un reboisement permettra alors d’assurer la forêt du futur. Les besoins en reboisement varient d’une situation à l’autre : les ingénieurs forestiers de votre région sont là pour vous conseiller et recommander un reboisement adapté à vos besoins. Dans tous les cas, il est fortement recommandé de viser à avoir une grande variété d’essences : une forêt diversifiée est une forêt résiliente face aux prochaines épidémies ! Car s’il y a bien une chose à retenir de la catastrophe que représente l’épidémie d’agrile du frêne, c’est que les forêts variées en essences sont un meilleur pari pour faire face aux perturbations naturelles. Que ce soit les changements climatiques, les maladies, les insectes ou les espèces exotiques envahissantes, plus une forêt est variée, mieux elle pourra s’adapter !

Pour les producteurs forestiers reconnus, des subventions sont disponibles pour la récolte partielle ou totale des frênes, ainsi que pour le reboisement. Pour plus d’informations, n’hésitez pas à consulter votre conseiller forestier.

François Beaulieu, ing. forestier

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